Vincent Foucher sur RFI: l’inculpation d’Antonio Indjai pose un «problème de crédibilité» – Guinée-Bissau / Entretien – RFI

Vincent Foucher sur RFI: l’inculpation d’Antonio Indjai pose un «problème de crédibilité» – Guinée-Bissau / Entretien – RFI.

Vincent Foucher sur RFI: l’inculpation d’Antonio Indjai pose un «problème de crédibilité»

Le général Antonio Indjai (c.), le 7 novembre 2012, à Bissau.

Le général Antonio Indjai (c.), le 7 novembre 2012, à Bissau.

REUTERS/Joe Penney/Files
Par Christophe Boisbouvier

L’arrestation début avril du contre-amiral Bubo Na Tchuto, ex-chef de la marine et l’inculpation du général Indjai, chef d’état-major de l’armée pour complot de narcoterrorisme par les autorités américaines, braque les projecteurs sur la junte bissau-guinéenne. Pour Vincent Foucher, chercheur à l’International Crisis Group, la mise en cause du général Indjai, « un personnage aussi important dans l’équilibre politico-militaire actuel à Bissau », pose problème. Une mise en cause qu’il qualifie toutefois de « signal assez puissant » pour toute l’Afrique de l’Ouest.

RFI : Le 2 avril, les militaires bissau-guinéens ont pris un sacré coup sur la tête, quand l’amiral Bubo Na Tchuto a été arrêté en pleine mer. Les agents américains se faisaient passer pour des trafiquants de drogue. Comment Bubo a-t-il pu tomber dans le panneau ?

Vincent Foucher : Ce n’est pas la première fois que l’agence de lutte anti-drogue américaine mène des opérations de ce type. Il y a eu une opération au Liberia, il y a eu une opération au Mali. Et au fond, ils procèdent toujours de la même manière. Ils se font passer pour des trafiquants de drogue ou d’armes. On a vu aussi que Viktor Bout, le trafiquant d’armes, était tombé dans le panneau en Thaïlande. Donc, cette fois-ci, c’est au tour de l’amiral Bubo Na Tchuto.

Second coup dur pour la junte au pouvoir à Bissau : le 18 avril, le chef d’état-major de l’armée, le général Indjai, a été inculpé par la justice américaine pour complot de narcoterrorisme avec les guérilleros colombiens des FARC. Est-ce que le procureur de New York a un dossier solide ?

Une fois encore, il s’agit d’une provocation des services américains. Et pour le moment, en l’état de ce que l’on peut voir des documents judiciaires qui ont été divulgués par le procureur de New York, la seule chose que nous avons c’est, au fond, toute une série de personnages qui se disent disposés à commettre des actes criminels. On n’a pas plus que ça. (Mais) en droit américain, cela suffit.

Grâce à des agents américains infiltrés à Bissau, ce procureur de New York croit savoir qu’Antonio Indjai a accepté de stocker dans la capitale de la cocaïne en transit entre la Colombie et les Etats-Unis, et d’acheter des missiles sol-air au nom de l’armée bissau-guinéenne, pour les expédier ensuite dans les maquis colombiens. Est-ce que c’est crédible ?

Pourquoi pas ? Disons que j’ai du mal à imaginer que la justice américaine pourrait formuler ce type d’accusation, sans avoir une base relativement sérieuse, même si, une fois encore, il s’agit avant tout d’une provocation. Et c’est une offre importante, parce qu’on a vu, par exemple, que dans l’affaire qui a eu lieu – assez similaire – au Ghana, où trois ressortissants maliens avaient été arrêtés parce qu’ils se disaient disposés à faciliter un trafic de cocaïne entre les FARC et Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamique, il s’est avéré finalement que ces ces derniers n’avaient pas du tout le lien qu’ils revendiquaient avec Aqmi, et ils ont été finalement condamnés aux Etats-Unis à des peines de prison relativement limitées. Il semble que ces personnes étaient, au fond, des bonimenteurs, des escrocs, qui avaient largement surestimé leur propre portefeuille de contacts.

Depuis le dernier coup d’Etat militaire d’avril 2012, Antonio Indjai n’est-il pas de fait le numéro un de Guinée-Bissau ? La junte ne risque-t-elle pas d’être décapitée ?

Je crois que tous les observateurs à Bissau sont d’accord pour dire qu’effectivement, l’armée et Antonio Indjai ont une importance particulière dans le dispositif actuellement. De là à dire que c’est lui qui gouverne et qui prend toutes les décisions, il me semble qu’il y a un pas significatif. Et effectivement, la mise en cause d’un personnage aussi important dans l’équilibre politico-militaire actuel à Bissau, pose un problème au pays.

Est-ce que cette mise en accusation va rendre les acteurs politiques et militaires dominants à Bissau plus malléables face à la pression internationale pour les faire avancer dans la transition politique ? Ou est-ce qu’elle va les rendre au contraire beaucoup plus nerveux, beaucoup plus braqués, beaucoup moins disposés à discuter ?

Justement, comment peuvent réagir maintenant les compagnons d’armes d’Antonio Indjai ? Vont-ils avoir tendance à se solidariser avec lui, ou au contraire, à essayer de le jeter par-dessus bord ? Jusqu’à présent, ce qu’on a vu des déclarations, aussi bien des responsables politiques que militaires, c’est davantage une forme de solidarité, puisqu’il y a eu d’abord des démentis nombreux, qui ont été suivis par une demande de jugement en Guinée-Bissau par la justice bissau-guinéenne. Pour le moment, on a l’impression que les rangs sont plutôt serrés. Même si, il faut noter par exemple que le président de transition, Serifo Nhamadjo, reste encore pour le moment à l’étranger. On va voir exactement quand il va rentrer et ce qu’il va dire.

Selon des informations recueillies par RFI, des membres influents de l’état-major auraient demandé à Antonio Indjai de quitter ses fonctions, et il aurait répondu qu’il y réfléchissait.

Il y a eu des déclarations du porte-parole de l’état-major, disant qu’Antonio Indjai était prêt à répondre d’accusations éventuelles. J’ai effectivement eu, moi aussi, les informations que vous signalez. Antonio Indjai est inculpé et on est encore au tout début du déroulement de cette inculpation.

Cette inculpation peut-elle permettre à l’ancien Premier ministre Carlos Gomes Junior, de prendre sa revanche sur la junte qui l’a renversé il y a un an ?

Cette inculpation pose évidemment un assez sérieux problème de crédibilité du point de vue des autorités politico-militaires issues du coup d’Etat du 12 avril. Elle les met quand même très sérieusement en cause. Le problème restant, bien évidemment, que Carlos Gomes Junior a, à Bissau, aussi bien dans l’armée que dans la classe politique, beaucoup d’adversaires avec lesquels la réconciliation semble assez difficile.

Si les civils reprennent la main à Bissau, peut-on imaginer que les chefs militaires actuels prennent le maquis comme au temps de la lutte contre l’occupant portugais?

Beaucoup de gens à Bissau signalent qu’Antonio Indjai prépare depuis un certain temps dans sa zone d’origine, vers Mansoa – donc, en dehors de Bissau – une sorte de repli stratégique avec des hommes à lui, avec des équipements militaires aussi. Est-ce qu’on peut assister à ce genre de choses ? Disons que pour qu’il ait besoin de fuir Bissau, il faudrait qu’il soit d’abord sérieusement mis en cause par la force à Bissau.

Et ce double coup de la justice américaine peut-il créer une onde de choc au-delà de la Guinée-Bissau ?

Oui, je crois que c’est un signal assez puissant et assez bienvenu à travers l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, pour toute une série de personnages qui sont impliqués dans le trafic de cocaïne. Il y a eu toute une série de saisies au Cap-Vert, au Sénégal, en Sierra Leone, au Bénin, au fil des années. Jusqu’à présent, il y a eu extrêmement peu de hauts responsables civils militaires ou sécuritaires qui ont été arrêtés et jugés. Et de ce point de vue là, c’est vraiment un moment important.

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