La Tribune Online – Guinée-Bissau : un pays sans Etat

Par Lyès Menacer

La Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) a décidé de l’envoi de 3 300 soldats au Mali pour le rétablissement de l’autorité de l’Etat à Bamako et pour mettre fin à la rébellion des groupes terroristes islamistes dans le Nord du pays. Cette mission militaire durera un an. Les membres de cette organisation régionale ont abouti à ce consensus après des discussions marathoniennes qui ont duré plusieurs semaines. Pourtant, il n’y a pas que le Mali où les islamistes sévissent. En Somalie, au Nigeria, pour ne citer que ces deux pays du même continent, le nombre d’islamistes armés et leurs capacités de nuisance n’est plus à démontrer. Au-delà aussi de cette lutte contre les islamistes d’Al-Qaïda, il n’y a pas qu’au Mali que l’autorité de l’Etat doit être rétablie.

C’est le cas en Guinée-Bissau, un des membres de la Cédéao, qui se contente de sanctions qui n’ont produit aucun effet sur la junte militaire au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1974. A Bissau, l’armée contrôle tous les segments de la vie politique et économique. Ce constat n’est pas une nouveauté dans ce pays où, en l’espace de sept mois, on a assisté à deux putschs dont un est un contre-coup d’Etat. Mais il ne semble pas interpeller les Organisations sous-régionales, continentales et internationales qui se contentent de communiqués et de discours désuets pour exprimer leurs «mécontentements», ainsi que de quelques sanctions qui pénalisent davantage la population que les militaires au pouvoir. Et pourtant, ce qui se passe en ce moment en Guinée-Bissau est matière à inquiétude. Outre le trafic de drogue qui est directement «géré» par de hauts cadres de l’institution militaire bissau-guinéenne, le pays connaît une situation dramatique sur le plan des droits de l’Homme. Des assassinats ciblés sont régulièrement commis par des hommes armés, souvent identifiés. Qui osera lever le petit doigt pour dénoncer ces crimes que les autorités de transition, c’est-à-dire la junte au pouvoir, essayent de cacher ou de maquiller quand les personnes tuées sont des opposants ou des proches des responsables politiques déchus ? L’assassinat de Luis Ocante da Silva, employé d’une compagnie de téléphone, est loin d’être un cas isolé en fait. Ce dernier n’est pas un simple employé d’entreprise. Il est aussi un des proches de l’amiral José Zamora Induta, chef d’état-major des armées déchu le 1er avril 2010. Selon les médias bissau-guinéens, José Zamora Induta a été désigné comme le responsable de l’attaque qui a pris pour cible le 21 octobre dernier la caserne des para-commandos, non loin de la capitale Bissau. Selon l’agence officielle chinoise Xinhua qui cite l’état-major de l’armée bissau-guinéenne, M. Induta coordonnait cette attaque depuis la Gambie voisine où il se trouve en ce moment. Exilé à Lisbonne, au Portugal, l’ancien Premier ministre déchu, Carlos Gomes Junior, renversé par un coup d’Etat en avril dernier et accusé d’être le cerveau du contre-putsch avorté d’octobre, ne cesse pourtant pas d’alerter l’opinion publique africaine et internationale sur les atteintes quotidiennes aux droits de l’Homme dans son pays que les militaires ont isolé du reste du monde pour s’adonner à leur trafic de drogue en toute tranquillité. «Seule la mise en place de forces internationales sous l’égide de l’Union africaine et des Nations unies pourra mettre fin à la vague de terreur qui s’est installée», a-t-il affirmé, repris par l’AFP. «Nous exigeons la poursuite du processus électoral interrompu par le coup d’État de la mi-avril après le premier tour de la présidentielle remporté par M. Gomes Junior», a-t-il ajouté. Son appel sera-t-il entendu. Rien n’est sûr. Pas dans son propre pays, en tout cas, où le peuple ne dispose pas de moyens de lutte politique pour faire face à une junte militaire qui ne se laisse aucunement intimider ni par les sanctions diplomatiques, ni par les contraintes économiques.

via La Tribune Online – Guinée-Bissau : un pays sans Etat.

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