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Analyse: Division et immobilisme en Guinée-Bissau

Le ministère de l’Éducation – la plupart des fonctionnaires sont en grève

DAKAR-BISSAU, 23 mai 2012 (IRIN) – Le 16 mai, un pacte de transition négocié par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et signé par tous les partis à l’exception du PAIGC [Parti africain pour l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap-Vert], le parti majoritaire à l’Assemblée, a officiellement entériné la désignation comme président de transition de Manuel Serifo Nhamadjo pour une période d’un an. La décision a été prise après les semaines de tractations politiques qui ont suivi le coup d’État militaire du 12 avril et la suspension de la campagne pour le second tour de l’élection présidentielle pour laquelle l’ancien Premier ministre Carlos Gomes Junior du PAIGC était donné grand favori. 

Bon nombre de personnes craignent que la nomination de M. Nhamadjo ne crée davantage de divisions dans un pays où les clivages politiques sont marqués, tandis que d’autres souhaitent simplement que le pays soit remis sur les rails économiques, car les marchés et les services de base sont plus ou moins paralysés depuis le dernier coup d’État.

M. Nhamadjo, arrivé troisième au premier tour de l’élection présidentielle, a été nommé président de l’Assemblée nationale après le renversement du président par intérim, Raimundo Pereira – qui a assuré la transition après le décès du président Malam Bacai Sanha – par les chefs de la junte militaire.

M. Nhamadjo a nommé l’ancien économiste Rui Duarte Barros au poste de Premier ministre après des discussions auxquelles tous les partis politiques à l’exception du PAIGC – le parti de l’ancien Premier ministre Carlos Junior – ont participé. Le PAIGC a décidé de boycotter les discussions, car il pense que la nomination de M. Nhamadjo est anticonstitutionnelle.

M. Carlos Junior a indiqué qu’il ne reconnaissait pas la décision de la CEDEAO et a appelé au retour de l’ordre constitutionnel. Depuis la capitale portugaise, Lisbonne, il a déclaré le 16 mai, « Je suis le Premier ministre légitimement élu ». La Guinée-Bissau a obtenu son indépendance du Portugal en 1973.

Condamnations anciennes

Lorsque la junte militaire a décidé le 21 avril de nommer M. Nhamadjo, candidat malheureux à l’élection présidentielle, à la tête d’un gouvernement de transition pour une période de deux ans, après avoir renversé M. Pereira et M. Gomes Junior, la CEDEAO a qualifié cet acte d’« illégal ». Le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’Union africaine (UA) et la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) ont également condamné cette décision.

La décision de nommer M. Nhamadjo comme président par intérim a reçu le soutien de la CEDEAO, mais a été violemment rejetée par les partisans de M. Gomes Junior qui considèrent que M. Nhamadjo est le candidat de la junte militaire. La CEDEAO « n’a pas pris en compte l’intérêt national et les principes de la primauté du droit » lorsqu’elle a rendu sa décision, a indiqué une déclaration du Mouvement de la Société civile pour la paix et la démocratie en date du 14 mai.

Le PAIGC, qui a conduit le pays à l’indépendance, contrôle 67 des 100 sièges de l’Assemblée nationale et « a la légitimité d’un mandat populaire », a dit Vincent Foucher, un expert de la Guinée-Bissau pour l’International Crisis Group (ICG), un groupe de réflexion qui œuvre en faveur de la résolution des conflits. Selon les résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle, qui a été suspendue après le coup d’État, M. Gomes Junior avait obtenu 49 pour cent des votes et M. Nhamadjo était arrivé en troisième position avec 16 pour cent des voix.

Le PAIGC est divisé en factions et certains observateurs évoquent la possibilité d’un ralliement de certains groupes à M. Nhamadjo (qui est également membre du parti) afin de renforcer leur rôle au sein du gouvernement de transition, mais une majorité des membres du PAIGC soutient toujours M. Gomes Junior.

Compromis

Alors que certains Bissau-Guinéens, en particulier les classes moyennes éduquées, sont favorables à un retour au processus électoral, d’autres accepteront n’importe quelle solution pourvu qu’elle ramène un semblant de normalité dans le pays, a indiqué un universitaire occidental qui s’est récemment rendu dans la capitale, Bissau.

Younoussa Seydi, un mécanicien de 30 ans qui vit dans la capitale, a dit à IRIN : « Les Guinéens [les Bissau-Guinéens] doivent donner la priorité au dialogue pour trouver une solution… Si Carlos Gomes Junior revient, ce sera la guerre, donc il vaut mieux qu’il reste loin du pouvoir pour longtemps. Le PAIGC doit faire preuve de flexibilité et doit accepter le dialogue ». 

Les 70 premiers soldats déployés (sur un total de 650 soldats) par la CEDEAO en Guinée-Bissau sont arrivés le 18 mai. La mission dispose d’un mandat de 12 mois pour apporter un appui aux réformes du secteur de la sécurité, assurer le retrait du groupe d’assistance technique angolais (une mission militaire bilatérale mise en place pour appuyer les réformes du secteur de la sécurité) et garantir la sécurité pendant la période de transition.

Opportunisme ?


Alors que des experts indiquent que la CEDEAO suit une approche pragmatique, certains s’inquiètent de voir des pays de la CEDEAO profiter de la situation actuelle pour réduire la présence de l’Angola en Guinée-Bissau. L’Angola a augmenté son aide et son assistance technique et militaire au cours de ces dernières années.

Selon une théorie, la CEDEAO a utilisé la menace d’une intervention militaire par la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), qui est dirigée par l’Angola et le Portugal, pour pouvoir déployer ses propres troupes.

Suite au coup d’État, la CPLP a appelé à « la restauration immédiate de l’ordre constitutionnel, au rétablissement du gouvernement légitime de la Guinée-Bissau, et à la conclusion du processus électoral », une position réitérée par l’ambassadeur angolais dans une déclaration au Conseil de sécurité des Nations Unies le 7 mai.


Photo: UN Photo/Joshua Kristal
L’ancien Premier ministre Carlos Gomes Junior

Le rapport de force international a permis aux militaires bissau-guinéens d’obtenir le soutien de la CEDEAO pour leur candidat, M. Nhamadjo, a indiqué M. Foucher de l’ICG.

« Il est important que toute la communauté internationale se mette d’accord et demande à la CEDEAO d’obtenir des concessions significatives de la part des militaires guinéens afin de garantir que le processus de transition permette un retour efficace et crédible à la démocratie », a-t-il noté.
Économie : « de mal en pis » 

Pour bon nombre de Bissau-Guinéens, la démocratie semble encore lointaine, mais la situation économique constitue un plus grand sujet d’inquiétude que l’ordre politique. La situation des droits de l’homme est plus ou moins stable depuis le coup d’État, a dit Marise Castro, experte de la Guinée-Bissau pour Amnesty International, mais certains responsables proches de M. Pereira et de M. Gomes Junior ont reçu des menaces et se cachent toujours.

Plusieurs manifestations ont été interdites et la presse locale est placée sous haute surveillance. « Il n’y a pas de véritable gouvernement. Personne ne prend de décisions et tout est paralysé … mais la population a été relativement épargnée, et les soldats prennent garde à se tenir éloignés de la population », a dit M. Castro.

Le redémarrage de l’économie est la priorité. « La situation économique empire. Les fonctionnaires n’ont pas été payés depuis le 12 avril, le prix des produits alimentaires a considérablement augmenté et les familles ont à peine de quoi manger », a dit à IRIN Almamy Sanha, 40 ans, enseignante à Bissau.

Sur les marchés, les vendeurs ont peine à travailler. « Les gens n’ont pas d’argent, alors ils n’achètent rien », a dit Vladimir Monteiro, porte-parole du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS).

Une estimation rapide réalisée par le Programme alimentaire mondial (PAM) le 2 mai a montré « une détérioration progressive de la sécurité alimentaire des habitants en raison de leur faible pouvoir d’achat et des pénuries de biens de consommation de base sur les marchés » à la fin du mois d’avril.

Luis Mança, un fonctionnaire de 55 ans, a dit à IRIN que depuis qu’il ne perçoit plus de salaires, «  Je ne dépense que 1 000 FCFA (2 dollars) contre 2 000 FCFA normalement, et mes enfants n’ont ni petit-déjeuner, ni dîner ». 

À la campagne, « la situation est inquiétante », a dit le compte-rendu d’une réunion sur la sécurité alimentaire le 23 avril. Les gens mangent des produits locaux, mais ils n’ont pas beaucoup de céréales à cause de la récolte médiocre de 2010, et le nombre de ménages ruraux a explosé après que 12 000 personnes ont fui la capitale lors du coup d’État.

La demande de noix de cajou – l’un des principaux produits exportés par le pays et la principale source de revenus des fermiers – s’est effondrée, a dit Barbara Weber, chargée des opérations sénior pour la Banque mondiale en Guinée-Bissau. « La demande de noix de cajou brutes s’est effondrée et les prix ont enregistré une baisse de 70 pour cent par rapport à la même période l’année dernière ». Ceci pourrait avoir « un grave impact sur la réduction de la pauvreté ». 

Fermetures d’écoles 

Tous les services publics ont été suspendus, car les fonctionnaires ne sont pas payés et sont en grève. « La paralysie des écoles publiques, et plus généralement des institutions éducatives, s’est aggravée après le coup d’État. Il a remis en question la fin de cette année scolaire et pourrait entraîner son annulation », a mis en garde un manifeste publié le 9 mai par un groupe d’organisations non gouvernementales (ONG) de la Guinée-Bissau.

Seulement 23 pour cent des enfants de Guinée-Bissau participent à l’enseignement secondaire, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

L’accès aux services de soins de santé – déjà réduit en Guinée-Bissau – a également empiré. « Les hôpitaux qui avaient fermé ne sont toujours pas opérationnels. Dans la campagne, les ONG payent pour les médicaments, mais pas pour les salaires du personnel », a dit Tomas Serna, qui dirige le bureau de SNV, organisme de développement hollandais, à Bissau. « Les membres du personnel ne sont pas motivés et lorsqu’ils travaillent, ils sont menacés par les syndicats qui ont appelé à la grève ». 

Le système d’alerte pour les maladies épidémiques – essentiels à la détection et à la prévention des épidémies de choléra qui surviennent régulièrement en Guinée-Bissau – ne fonctionne plus, ce qui est inquiétant, a dit M. Serna. L’Union européenne participe au fonctionnement des générateurs qui permettent de fournir de l’eau aux Bissau-Guinéens pour une période de deux semaines, mais M. Serna s’inquiète devant le manque de réponse à long terme.

Le non-paiement des salaires, qui est source d’instabilité chronique en Guinée-Bissau, pourrait également concerner les forces militaires. Des rumeurs de mécontentement au sein de l’armée sont évoquées. 

Un travailleur d’une ONG, qui a préféré garder l’anonymat, a dit que la hiérarchie militaire avait envoyé des émissaires dans les casernes pour fournir des explications sur le coup d’État et en appeler à leur loyauté. À long terme, les désaccords au sein de l’armée pourraient s’avérer dangereux, a prévenu M. Foucher de l’ICG : « Jusqu’à présent, l’armée a réussi à gérer les tensions internes, malgré les clivages ethniques et entre factions, mais on ne sait pas combien de temps ça va durer ». 

Selon des sources diplomatiques, les responsables de la junte militaire auraient organisé de nouveaux arrivages de cocaïne en provenance d’Amérique Latine afin de pouvoir se financer et d’apaiser les tensions au sein de l’armée.

Depuis longtemps, la Guinée-Bissau est une zone de transit pour la drogue à destination de l’Europe. M. Foucher a noté que « Selon plusieurs sources de sécurité et diplomatiques, le trafic de drogue reprend ». 

cb/ad/aj/he-mg/amz

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